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Jeudi 11 Mars 2010
Articles
Une voix juive contre l’interdiction de la burqa en France
mardi 2 février 2010 - par Joshua M. Z. Stanton

Bien que juif à New York, je sais ce que c’est que d’être musulman en France.

En 2007, alors que j’étais étudiant dans la ville de Strasbourg, en France, j’ai décidé de me laisser pousser une épaisse barbe. J’ignorais qu’en France, seuls les juifs et les musulmans traditionnels portaient tout sauf la moustache ou le bouc bien taillé. Comme je ne portais pas de kippa ou autre couvre-chef, les gens qui me croisaient dans la rue supposaient que j’étais musulman. Je sentais que les agents de police et les passants me regardaient avec suspicion et, même aux heures de pointe dans le bus bondé, peu de personnes choisissaient de s’asseoir à côté de moi si elles pouvaient l’éviter. Un jour, quelqu’un m’a suivi jusque chez moi et a tenté de me provoquer en duel pour finalement découvrir que je n’étais qu’un Américain, abasourdi par ce qui m’arrivait, et non un Français musulman.

Jamais auparavant je n’avais connu un tel mépris ; cela ne s’est jamais reproduit depuis. Au quotidien, on me mettait dans l’embarras à cause de mon apparence (et de ce qui était supposé être mon affiliation religieuse correspondante). C’est pourquoi, lorsque j’ai pris connaissance de la tentative imminente du député Jean-François Copé et de ses sympathisants de criminaliser la burqa (et autres vêtements qui couvrent complètement le corps, la tête et le visage de la femme) en France, j’ai compris qu’il s’agissait bien plus que d’une mesure visant à protéger les droits des femmes ou à préserver le concept d’une société laïque sur lequel repose l’Etat moderne.

Il n’est pas difficile, à mon sens, de comprendre comment il risque d’être fait mauvais usage de l’« interdiction de la burqa » pour stigmatiser davantage une population religieuse, une population qui se considère déjà comme étant en marge de la société.

Evidemment, je suis farouchement opposé aux vêtements ou pratiques religieuses (y compris celles qui appartiennent à la tradition juive qui est la mienne) qui suggèrent que les femmes ont un rôle différent ou un rôle de soumission. Mais l’ « interdiction de la burqa » en France n’atteindra pas le but recherché qui est l’égalité des sexes. Elle renforcera, tout au plus, la position des conservateurs religieux au sein de la population musulmane française en convainquant les musulmans modérés que le reste de la société française ne les acceptera jamais.

Même s’il n’y a que soi-disant deux mille femmes qui portent la burqa dans toute la France aujourd’hui, la population musulmane dans son ensemble (estimée à six millions par le gouvernement) prendra ombrage d’une nouvelle mesure venant isoler sa communauté.

En admettant que le président français Nicolas Sarkozy soit vraiment convaincu par l’idée que la burqa est un « signe de soumission, un signe de corruption », selon l’édition du magazine The Economist du 16 janvier dernier, la meilleure réponse qu’il pourrait apporter à cela serait d’édicter des mesures visant à intégrer davantage les citoyens musulmans dans la société française. De telles mesures amoindriraient les efforts de la petite minorité de musulmans religieusement conservateurs destinés à regrouper des partisans parmi leurs coreligionnaires mécontents qui se sentent incapables de surmonter les préjugés anti-musulmans.

La nécessité pour le gouvernement français de traiter les minorités religieuses avec respect est portée par sa propre histoire. En 1781, le penseur allemand des Lumières, Christian Wilhelm Von Dohm, a fait une proposition qui, pour l’époque, était révolutionnaire : « Naturellement, la religion du juif ne l’empêchera pas d’être un bon citoyen, à condition que le gouvernement lui reconnaisse les mêmes droits que les autres citoyens ».

Or ce sont les Français qui les premiers ont appliqué la vision prophétique de Dohm.

En 1806, l’empereur Napoléon Bonaparte émancipa les juifs français en adoptant des lois visant à améliorer leur statut économique et social et en les invitant à s’établir partout où ils le désiraient plutôt que dans les quartiers pauvres et surpeuplés où ils avaient été confinés dans les villes ou de voyager de lieux en lieux dans les campagnes. En outre, il reconnut officiellement leur religion et affirma sa place définitive dans la sphère privée de la vie française. A travers ces actes de profonde tolérance, pendant plus de 200 ans, la France a montré l’exemple à toute l’Europe et a prouvé que son ouverture d’esprit était plus que de la rhétorique.

Aujourd’hui, la France ferait bien de suivre son propre et admirable exemple et d’apparaître comme le premier pays européen à vraiment traiter les citoyens musulmans comme des participants au même titre que les autres citoyens dans la société. Renoncer à l’ « interdiction de la burqa » constituerait une première mesure sensée.

En partenarait avec le CGNews

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Joshua M. Z. Stanton

Etudiant rabbinique au Hebrew Union College et rédacteur en chef adjoint du Journal of Inter-Religious Dialogue (www.irdialogue.org).

Du même auteur, à lire sur oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

3 février 2010
H de G a dit :

Bonjour

Les politiques ont visiblement bien du temps à tuer dans leur quotidien...

Les pays européens ont aussi, semble-t-il, entamé une vaste politique de distribution des rôles dans leur esbrouffe contre les musulmans : l’un caricaturise le Prophète - Paix sur lui et sur tous les autres Prophètes -, l’autre se fait les dents sur les minarets, un autre les vêtements des femmes... À qui la suite ?

Si dans les pays musulmans on commence à tirer à boulets rouges sur les Européennes qui circulent dans les rues et les souks vêtues de pratiquement rien du tout, seins et haut des cuisses en l’air, si ce n’est plus dans certaines plages africaines, Sarkozy fera appel à la Sixième Flotte et ses moyens de dissuasion au nom de la libre circulation des personnes et de la liberté d’expression...

Le ridicule tue, l’Occident est au Moyen-Âge, les nouveaux Inquisiteurs sont là (même que certains ne disent rien si leurs compagnes apparaissent nues ou presque dans les revues ou défendent les pédophiles et ont une vie bien dissolue, non è vero, Sgr. Berlusconi e tutti quanti ?...).

C’est quoi cette tartufferie ? Molière, si tu étais de ce monde, tu écrirais :

"Fais donc voir ces roberts pour que j’me rince l’œil !"

Résultat des courses, dans tout cela, on fait comme au Moyen-Âge : la principale intéressée est déjà ligotée, ficelée, bâillonnée et sur le bûcher.

Il me semble en fin de compte que beaucoup ont tant de temps à tuer alors que les frais engendrés par ces débats oiseux n’apportent rien aux chômeurs et aux SDF.

À bon entendeur salut et merci à M. Stanton et Mme Ménard.

H de G.

3 février 2010
HXLHXLHXL a dit :
On nous repete a tout bout de champ que la burqa ce n’est pas l’Islam ... Par consequent son interdiction n’a rien d’islamophobe
3 février 2010
Mamyli a dit :
À Qu’importe : votre remarque est bonne. Dire je suis pour ou contre la burqa n’a pas de sens. Je voulais simplement dire qu’à mes yeux ce vêtement n’exprime pas l’islam que j’ai appris à connaître et à aimer. Il ne m’apparaît pas islamique. Ceci dit une femme en Burqa serait la bienvenue chez moi et je ne lui proposerais aucun duel ! Je me souviens du premier Arabe que j’ai vu au Bois de Vincennes lorsque ma maman nous y promenait. Il était très grand avec une longue Gandoura et un kefieh. Mon petit frère a eu très peur. Ma maman nous a expliqué (nous étions 3 enfants) qu’il venait de très loin et qu’il était habillé comme les autres habitants de son pays. L’homme a vu la réaction de mon frère et nous a fait un grand sourire. Maman a entendu qu’il disait Salam ! Amitiés. Liliane Bénard
3 février 2010
jdal a dit :
Personnellement, je ne suis ni pour ni contre le port de tel ou tel vêtement : être pour ou contre le port du niqab me paraît aussi stupide qu’être pour ou contre le port de la casquette. Ce point relève de la liberté personnelle. Ce qui me paraît non moins évident, et je pense rejoindre ici Mr Stanton, c’est que le projet d’interdire un morceau de tissu porte l’abdication des valeurs dont la France se prévaut (pas toujours à bon escient) et de l’intégration républicaine dont elle se targue (bien à tort). Ce projet condamne les femmes qu’il vise à la mort civile. Il ne leur laisse aucune chacune chance d’évoluer par elles-mêmes et de s’adapter aux circonstances de leur existence sociale (dont ce projet les prive).
3 février 2010
Dominique Laire a dit :
J’apprécie à sa jute valeur (le comique) l’allusion au miroir de notre anonyme. C’est vrai que l’usage de cet accessoire présente peu d’intérêt pour les barbus et burqanisées !
2 février 2010
lisa a dit :
Cher monsieur, vous avez bien de la chance de resider a New-york ! Il est bien plus facile de vivre sa difference ! Comme disait Martin Luther King ; Je reve d’un monde ou chacun sera juge pour ce qu’il est et non pour sa couleur de peau ! Vous remarquerez que nos politiques sont limites quant au "droit de reserve" dont ils sont tenus ! Pourtant, ceux sont les memes qui nous chantent la mondialisation et ses merveilles !
2 février 2010
tolérance a dit :
Je suis profondément attachée à ma religion mais je n’arrive pas à aimer la burqa, c’est l’uniforme et la couleur qui me repoussent ; de là à l’interdire, en effet, le gouvernement a sans doutes d’autres choses à régler bien plus importantes. L’islam est tellement beau et Son Prophète (bpsl)tellement noble, soyons à l’image de Cette Majesté ...et la place de la femme en Islam est tout à fait respectée, recouvrir sa chevelure et son corps n’est pas un signe d’infériorité mais au contraire d’une féminité préservée...Il est bien rare en effet de voir des hommes porter des jupes, est-ce pour autant une norme discriminatoire ??? Bien à vous.
2 février 2010
Mamyli a dit :
L’intervenant "Muslims" serait-il anti-français ? Son message en anglais est menaçant et fort peu sympathique... Les USA sont une nation plus jeune que la France mais chacun vieillit à son rythme autrement que l’histoire des hommes. Ceux qui aiment la liberté ne sauraient accepter la domination, à l’exception de celle de Dieu pour un musulman. Qui se prend pour Dieu ?
2 février 2010
A Dominique Laire :"Je trouve cette histoire assez rasoir." Comme je vous comprends ! Il n’est jamais agréable de se regarder dans une glace et de voir apparaitre ses défauts ! Il est plus sympathique d’être encensé cela flatte son égo et donne l’illusion d’être au dessus !
2 février 2010
Dominique Laire a dit :
Je trouve cette histoire assez rasoir. « …d’édicter des mesures visant à intégrer davantage les citoyens musulmans dans la société française ». Ça veut dire quoi ? Encore faudrait-il que les « citoyens musulmans » veuillent bien se reconnaître comme citoyens tout court. « …que le gouvernement lui reconnaisse les mêmes droits que les autres citoyens ». Les musulmans ont les mêmes droits que tous les citoyens et aussi les mêmes DEVOIRS, celui de respecter la loi.
2 février 2010
Qu’importe a dit :
En on entend souvent , je suis contre le niqab la burqa mais on demande que la liberté individuelle soit respecter ! des contradictions flagrante ! moi je soutiens toutes celles qui les portent d’une manière volontaire , que ça soit par conviction religieuse ou autres ! point c’est tout ! car quand on dit je suis contre mais... ! cela s’appelle de l’ambiguïté dans l’engagement !
2 février 2010
Not naive a dit :

Sir ,

France is not the US . It does not have the same history , social consciousness , cultural background or even the same population base . What may possibly work in your country does not incidentally apply the same way over here . Had you been more successful with the integration ( cultural , social , political ,and so on ) in the US of the afro-american or hispanic poulations , we may have jad to look further for insights from your country . In the meantime , just try not to be too naive about the use of absolutely marginal behaviors such as the burqa by organised political movements to change what we call " in this old place " the " laicité ". best regards

2 février 2010
Rachid Zani a dit :

la vision prophétique de M.Von Dohm pourrait être celle-ci aujourd’hui :

"Naturellement, la religion du "musulman" ne l’empêchera pas d’être un bon citoyen, à condition que le gouvernement lui reconnaisse les mêmes droits que les autres citoyens."

A "Sarko"leon ou à un autre d’émanciper les français de confession musulmanne en adoptant des lois visant à améliorer leur statut économique.

Juste une boutade,miss censure,une insignifiante petite plaisanterie.

2 février 2010
Mamyli a dit :

Bravo Joshua M. Z. Stanton ! La ville de Strasbourg m’est chère et votre anecdote étonnante ! Elle pourrait signifier qu’il vaut mieux pour sa propre sécurité veiller sur sa mise que l’on soit homme ou femme...Votre thèse est plus profonde comme la revendication des mêmes droits pour tous, quelque soit leur religion.

Il ne suffit pas en effet d’écrire au fronton des mairies liberté, égalité, fraternité et de proclamer la laïcité lorsque dans la réalité la discrimination existe au nom des religions. Des enfants sont en échec scolaire non pas parce que leur maman porte le voile mais parce qu’ils n’ont pas un logement qui leur permette de faire leurs devoirs... et la discrimination à l’embauche ne va pas non plus favoriser le travail de leur père ou de leur mère...

L’essentiel est à distinguer de l’accessoire.

Luttons pour que l’état garantisse d’abord ce qui importe et ne favorise pas la discrimination !

Je suis personnellement contre le port de la burqa mais les députés ont sans doute autre chose à faire que de légiférer en vain et d’une manière finalement sexiste. Il existe déjà tant d’autres lois qu’il reste à appliquer. Celle qui garantit un logement décent pour les familles et les étudiants...ne devrait-elle pas d’abord être appliquée dans l’urgence ?

Amitiés. Liliane Bénard

 
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Institut Français de la finance Islamique

 



 

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